- Louxor sur la rive d'occident - El Gezireh - Rive Ouest (On the West Bank)

Maggy dans son carnet de voyage nous conte sa passion de l'égypte et de sa population dans un récit éblouissant. Elle vous fera partager ses doutes, ses rencontres, ses coups de cœur et son amour pour ce beau pays. Elle vous fera découvrir le quartier de Gezira sur la Westbank où son ami égyptien lui à loué un appartement en plein cœur du village à deux pas de la villa de Mohamed, la description des lieux et des personnages est vraiment touchante. Ce récit est un hymne à l'amour de ce pays, un appel à la découverte de sa population chaleureuse, et est en symbiose totale avec la philosophie de ce site. Laissez vous transporter au fil des lignes et bientôt au fil du Nil.
Un grand merci à Maggy.

Pascal.

Prologue

Louxor

Pour la plupart des gens, le voyage en Egypte est LE voyage de leur vie. Certains sont séduits mais pas plus que par n'importe autre pays exotique. Ils passent à une autre destination sans état d'âme. D'autres aiment sans plus et ne retiennent de leur périple que les douloureux harcèlements en tous genres. D'autres encore tombent irrémédiablement amoureux de l'Egypte. Sitôt rentrés chez eux, ceux-là ne pensent qu'à y retourner. J'appartiens à la dernière catégorie. J'en suis aujourd'hui à mon neuvième voyage (ou est-ce le dixième - j'ai cessé de compter) et je cherche encore mon Egypte intérieure. Des passionné(e)s comme moi, j'en rencontre à chaque voyage. On se reconnaît par une sorte d'intuition magique. A chaque visite, je rêve de décrypter un peu plus les mystères de cette Egypte éternelle. Pure illusion, celle-ci se dérobe toujours davantage.
J'ai dévoré tous les bouquins de Christian Jacq, Elizabeth Peeters et d'autres qui m'ont fait découvrir un monde fascinant. L'Egypte fait maintenant partie de ma vie. J'y suis allée neuf fois et il m'a été vraiment difficile de raconter mon voyage préféré, car chacun de ceux-ci m'a apporté une moisson de satisfactions, d'émotions, de questions. Celui-ci était en février 2001. J'aurais pu en choisir un au hasard.

Comme la vie à Bruxelles manque de sel sans le soleil d'Egypte. Sans le Nil et la montagne de Thèbes, sans les ânes et les chameaux, sans les temples et les pyramides. Je manque d'oxygène et mon cœur vit au ralenti.

C'est décidé. Je repars à Louxor. Je ne demande même plus s'il y a quelqu'un pour m'accompagner. Je pars seule - Inch Allah, comme on dit là-bas. J'assouvirai ma passion en toute impunité et en solo.

Mon premier voyage en Egypte était un hasard, mais il a fait basculer ma vie. Avec deux copines sur la mer rouge. Sept jours dont un à Louxor et un au Caire. Tourisme fast food. En fait, juste assez pour attraper le virus, contre lequel, je crois, il n'existe pas d'antidote à ce jour.

Cette fois, j'ai envie de goûter à l'Egypte locale. Je commence à être rodée, du moins c'est ce que je crois. Gamal, mon correspondant à Louxor propose de me réserver un logement (hôtel ou flat) sur l'autre rive du Nil. Il travaille à l'hôtel comme moniteur sportif, il n'aura pas beaucoup le temps de s'occuper de moi et de jouer au guide.

Tu peux venir me chercher à l'aéroport au moins ?

Bien sûr ! Et je peux réserver pour toi. Quelque chose de bien.

Jour J -1

Je me suis promis de ne prendre que le nécessaire : louable effort.

Il neige sur Bruxelles. Comme la première fois en avril 1999.

Jour J

Arrivée prévue vers midi heure belge - 13h heure égyptienne.

J'ai tout le temps d'étudier mon programme. Je pars sur les traces de Sinouhé l'Egyptien (Le célèbre roman de Wika Waltari). Le plus lourd dans mes bagages, c'est ma bibliothèque portative: les guides et un ou deux romans. Pour finir la journée de moissons en beauté.

Pour la centième fois au moins, je regarde la carte d'Egypte. Rien qu'à la voir, ça me donne des fourmillements d'excitation. J'en ai une grande aussi au-dessus de mon bureau, en plus de celle qui est en permanence dans ma tête.

Au Nord la Méditerranée. Au sud le Soudan.

A l'Est, le désert arabique et la Mer Rouge. Au-delà de la Mer Rouge, la péninsule de désert minéral que constitue le Sinaï, rattaché à l'Egypte depuis la Guerre des Six Jours en 1967.

A l'Ouest, le désert libyque qui n'est que le prolongement du Sahara.

L'Egypte s'étend sur près d'un million de kilomètres carrés (Plus que l'Allemagne, la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Suisse réunies).

En fait, l'Egypte n'est qu'un «morceau du Sahara » et la terre habitée n'est qu'un «accident de paysage », qui représente seulement 4% du pays. Seuls, le Delta, les rives du Nil, quelques oasis et quelques minces bandes côtières sont habités. Le reste n'est qu'une vaste étendue désertique et hostile.

L'Egypte compte à peu près 62 millions d'habitants dont 18 millions au Caire (Soit presque deux fois la population de la Belgique (10 millions). Il y a 1700 habitants au km2 au Caire et dans le Delta. Un Egyptien sur deux a moins de 20 ans) et 97% de la population vit sur 4% du territoire.

LOUXOR

J'atterris le coeur battant. Sera-ce émerveillement ou arnaques en tous genres ? Probablement les deux. Je me promets de rester à la fois vigilante et ouverte. La voix métallique du commandant de bord annonce l'atterrissage à Louxor. Dehors, la température est de 25 degrés. Mon cœur bat la chamade, exactement comme si j'allais rejoindre un amoureux. En fait, c'est encore plus que cela. C'est devenu une passion. Méfiez-vous. Si vous allez plus de deux fois en Egypte, vous êtes fichu(e). C'est que l'Egypte est entrée en vous, par vos veines, par vos pores et elle n'en sortira plus.

Le douanier me remballe. J'ai oublié d'acheter des timbres fiscaux au guichet. Les coller sur le passeport. Payer en dollars. Surtout pas en livres égyptiennes (J'écrirai dorénavant LE pour livre égyptienne. Elle vaut 10 cents d'euro.) (celles du dernier voyage), les guinées, comme ils disent.

Aéroport de Louxor - Août 2009

Je sors enfin à l'air libre en traînant mon trolley et je reconnais Gamal, mon guide en gallate bleu sombre. Il a l'air très smart. Il m'explique le topo. Ce sera un flat.

Je m'attends à toute éventualité, n'ayant aucune idée de ce qu'on appelle un flat à Louxor. Ce sera probablement une expérience et j'ai hâte de découvrir mon logis pour les deux prochaines semaines. En attendant, je regarde de tous mes yeux le paysage de Louxor et le Nil sur lequel veille le dieu Hapy. Nous traversons le pont de Louxor pour aller sur l'autre rive, la rive d'occident, celle des morts. Là où les anciens ont enterré leurs pharaons. Rapport au coucher du soleil.

L'Egypte est un don du Nil. Sans le Nil, l'Egypte n'existerait pas. Le fleuve prend sa source en Afrique noire et c'est le plus grand fleuve du continent. Lorsqu'il se jette dans la Mer Méditerranée, il a traversé 6 pays et parcouru près de 6700 kilomètres (Le Nil est formé du Nil Blanc qui vient des Lacs Albert et Victoria et du Nil Bleu qui, lui, descend de l'Ethiopie et du Soudan.)

C'est le plus grand fleuve d'Afrique.

La crue annuelle était provoquée par les pluies dans la région des grands lacs et du plateau d'Ethiopie. Les eaux montaient au lever de l'étoile Sirius (Sothis pour les anciens). C'était le Nouvel An égyptien.

Les anciens connaissaient trois saisons : l'inondation, la germination et la sécheresse. Un réseau de canaux irriguait (déjà) les champs. Les nilomètres permettaient de mesurer la montée des eaux et de déterminer ainsi l'impôt prélevé par Pharaon.

Les anciens Egyptiens guettaient anxieusement les signes avant-coureurs de la crue, providentielle. Insuffisante, elle causait famine et désolation. Excessive, elle provoquait désastre et catastrophe. Pharaon, le dieu vivant, en était le gardien.

J'en suis là de mes réflexions quand le taxi me débarque dans le quartier de El Gezireh, dans une rue de terre battue. Habitat local. Ouh lala ! Ma fille ! Dans quelle galère tu t'es embarquée ? Est-ce vraiment là mon chez moi pour les prochaines semaines ?

Le quartier de Gezira ou El Gezireh ou encore Ramala.

Hassan, le chauffeur de taxi, est aussi le propriétaire de la maison. Il me fait visiter mon flat et m'annonce fièrement que j'en suis la première occupante. Le salon a un balconnet donnant sur la rue, pas sur le Nil. Il y a une petite chambre, une cuisine semi équipée, une salle d'eau avec douche et toilette. Je suis rassurée. Ce n'est pas le grand luxe, mais c'est joli, confortable et très propre. C'est beaucoup mieux que je n'imaginais, puisque je m'attendais au pire.

2500 LE (L'équivalent de 300 €) pour deux semaines. Il m'avoue que ce serait le même prix pour un mois. L'épouse apporte le thé de bienvenue sur un grand plateau. Au Moyen Orient, on négocie toujours autour d'une tasse de thé bien sucré.

Je grimpe sur le toit à ciel ouvert. Typique. J'adore ! Ici, c'est le royaume des poules et des sacs de ciment. Et comme je suis en plein milieu du village, près de la mosquée, ce n'est donc pas ici que je pourrai prendre des bains de soleil. La vue est splendide. Au loin, le Nil.

La mosquée de Gezira

Je suis debout depuis 2H30 du matin et il est 14h, heure locale (midi heure belge). Pourtant, la fatigue du voyage s'est envolée d'un coup. C'est curieux comme l'Egypte me donne de l'énergie.

Je m'approvisionne en eau au magasin du coin et je me fais (déjà) arnaquer. Qu'à cela ne tienne. Je ne vais pas laisser entamer ma bonne humeur pour une bouteille d'eau achetée à prix d'or.

Il y a quelques échoppes dont l'une s'intitule pompeusement supermarché et l'autre est un loueur de vélos. En face, il y a un cybercafé, quelques cafés locaux et la boutique de souvenirs de mon proprio. Plus loin la mosquée et la route qui va à la nécropole thébaine.

Location de vélos. Le Barbier.

Mon premier jour se passe à explorer les alentours très timidement. Pourquoi est-ce que c'est toujours la crainte qui vient avant autre chose ? La peur de ce qui est différent ou inconnu. Un monde totalement étrange et étranger.

Je prends la direction de l'embarcadère.

Je ne traverserai pas maintenant. Gamal m'emmène voir sa famille, à dix minutes de là. Le Nil fait une courbe que je baptise solennellement le «Camel Corner», le coin aux chameaux, parce qu'il y a là en permanence quelques chameaux et des gamins qui ne demandent qu'à vous emmener en balade à dos de chameau (Ces chameaux sont en fait des dromadaires. Je garderai le terme.) Le petit sentier sablonneux longe le Nil. C'est fabuleux.

Valérie et Cloé sur le sentier - Août 2008

A droite le restaurant « Toutankhamon ». Plus loin, ça sent bon le foin. Une vache broute l'herbe tendre (Hachiche signifie herbe en égyptien) d'Egypte et ne se détourne même pas pour regarder passer la touriste qui débarque de sa petite Belgique.

Toutankhamon Restaurant L'épicerie du Toutankhamon Restaurant.

Après deux autres palmiers qui montent la garde sur le chemin, nous arrivons dans une maison modeste comme il y en a tant ici.

Je fais connaissance avec la famille Galal, sa mère, vêtue de noir comme toutes les veuves d'Egypte, trois soeurs et trois frères. La sœur aînée, mariée, habite à côté. Je me sens comme une princesse dans une masure. En comparaison, les pauvres de chez nous ne sont pas si mal lotis. Le mobilier du « living » se résume à deux banquettes le long des murs. Sur le sol de terre battue, un tapis dont les couleurs sont passées depuis l'aube des temps. Les poules rentrent et sortent à leur guise.

Thé de bienvenue. Hospitalité égyptienne.

Personne ne parle l'anglais, sauf le petit frère et Galal que j'ai rencontré à l'hôtel à mon voyage précédent en septembre passé. Il m'a offert un coca à la terrasse (sur le toit) d'un café sur la rive d'en face. Puis, il m'a emmené ici chez lui le soir dans l'obscurité. Dans la nuit noire, nous avons grimpé sur le toit terrasse. J'ai entendu coasser les grenouilles, écouté couler le Nil millénaire, regardé briller les étoiles.

C'est moins romantique en plein jour. Rude réalité. Pourtant, je goûte le thé en écoutant le Nil couler dans le calme de la rive d'Occident. Ici, pas de chauffage (on n'en a pas besoin), pas d'électricité non plus. Rien du confort moderne n'a envahi cette maison d'un autre âge. Aucune concession au vingtième siècle, sauf le téléphone mobile.

La mosquée de Gezira. 2008

Galal me raccompagne à hauteur de la mosquée. Le temps de défaire ma valise et de m'installer dans mes nouveaux quartiers. Je suis sous le choc.

Je viens de rencontrer l'Egypte profonde. Je ne regrette rien. Un avant-goût de l'Egypte. La vraie. Pas celle des touristes de luxe. Celle des Egyptiens. Des vrais. Des vivants. Pas ceux des livres d'art et d'histoire. L'Egypte n'est pas qu'un pays fossile, de momies. Un pays plein de merveilleux monuments à visiter. C'est aussi un pays du tiers monde, habité d'êtres de chair et de sang.

Oups ! La salle d'eau est inondée. A la toilette est reliée un petit tuyau avec un jet d'eau. Je n'ai pas compris tout de suite à quoi ça sert. Il y a rarement du papier de toilette. Très ingénieux. Il faudra tout de même un de ces jours que je demande une explication approfondie sur la question pour ne pas mourir idiote. Comme j'ai laissé ce robinet ouvert une heure, il y a une inondation, limitée, heureusement, à la salle d'eau.

Premier souper frugal : pain, fromage égyptien et eau chaude. J'ai oublié d'acheter du café. Je ne veux pas déranger les proprios et encore moins retourner au magasin.

Je m'endors comme un loir. Je n'ai même pas ouvert un bouquin, ce qui, pour moi, est signe de grande fatigue.

Aboiements des chiens, braiement des ânes en sourdine de mon subconscient toute la nuit : est-ce là le calme qu'on m'avait promis sur la rive d'occident ?

C'est le chant du muezzin qui me réveille. J'ai toujours rêvé de me réveiller à l'appel lancinant de la prière. Alla Ou Akbar.

J'ouvre une paupière puis l'autre sur les murs bleu clair de la chambre. L'installation électrique n'est pas encore terminée. Quelques fils dépassent ici et là.

Je me pince. Oui ! Je suis bien en Egypte, Louxor, El Gezireh, rive occidentale du Nil, prête à toutes les aventures. Prête ? Vraiment ?

La chambre n'a pas de fenêtre. Je vais ouvrir les volets dans mon somptueux salon oriental à broderies et couleurs chatoyantes dans les tons rouges et dorés. La lumière du soleil me caresse le visage. Je risque un coup d'œil à la maison d'en face. Mes voisins sont dans la cour en bas, occupés aux tâches quotidiennes. Un autre monde vraiment s'offre à moi. Je disparais discrètement à l'intérieur.

Dur dur ... Je sors dans la rue. J'ai prévu des tenues que je juge fort discrètes : jupe ou pantalon long noir, une longue robe d'intérieur, un kaftan qui ici ne détonnera pas le moins du monde.

Mon foulard égyptien, acheté entre Louxor et Dendérah à ma première expédition, me servira de couvre-chef. Je suis dans le ton.

Le ferry local traverse le Nil en ligne droite et arrive presque en face du temple de Louxor. Il y en a un toutes les vingt minutes. La traversée coûte une livre égyptienne (LE). Pas de quoi se ruiner.

Les motorboat - en fond le temple de Louxor- 2008 Les cars de touristes attendent proche de l'embarcadère du ferry.

J'ai raté le ferry. Je ne connais pas encore bien les lieux et je me fais embarquer sur un bateau à moteur pour 3 LE. Pour le même prix, j'ai droit à une invitation pour le thé dans le village voisin, au récit d'une vie pas brillante et à une très longue balade sur le Nil. Je me doute qu'il y a beaucoup de vrai dans son histoire à quatre sous. Je décline aimablement son invitation et, ayant enfin débarqué sur l'autre rive, celle du temple de Louxor et de la civilisation en quelque sorte, je prends la Corniche en Nil, la Promenade des Anglais, version égyptienne.

Je me fais harceler, harceler, encore et encore par tous les rabatteurs en tous genres de la corniche. Felouque, calèche, taxi. Zut ! Je veux seulement marcher, si toutefois c'est possible. Ce n'est que le premier jour et je suis presque au bord de la crise de nerfs.

La calèche ! La corniche - 2009

Je marche en direction du temple de Karnak à 3 kilomètres vers le nord. Je passe devant un cybercafé où je me renseigne sur les prix. Pas cher. J'irai plus tard donner des nouvelles aux copines qui aimeraient sans doute savoir si je suis bien arrivée et si je ne me suis pas encore fait kidnapper par un prince égyptien.

Je hèle un policier et lui demande où il y a des toilettes par ici. Il ne comprend rien. Il ne parle pas anglais et moi pas arabe, pas encore ! Je suis obligée de rebrousser chemin jusqu'au cybercafé. J'irai à Karnak un autre jour. Je profite d'un bon thé sans harcèlement et je jouis d'une paix royale !

En chemin, un vieillard me demande de lui acheter un vrai faux scarabée pour s'acheter à manger. Je passe mon chemin.

Le coucher de soleil reprend toute mon attention et me détourne de la misère humaine. Entre-temps, j'ai appris de source sûre autant qu'à mes dépens que Louxor est le paradis des arnaqueurs en tous genres. Il faut rester vigilant surtout quand on est une femme.

C'est pas beau ?

Je retraverse cette fois avec le ferry local. Une femme en noir me tend la main avec un joli sourire et m'aide à monter sur le bateau. Est-ce qu'elle va me demander un bakchich ? Eh bien non ! Je la perds de vue dans la foule colorée du ferry. Je ne vais pas devenir parano tout de même.

Le ferry local, tout un poème. Un hymne en l'honneur de l'Egypte, profonde et vivante. Le peuple égyptien. Les gallabiehs flottant au vent, les turbans et les écharpes des hommes, les fellahin ( Fellah signifie paysan en arabe. Fellah au pluriel. C'est la figure mythique de la campagne égyptienne. On les voit sur leur âne les jambes ballantes), les robes noires et les voiles des femmes, les chèvres, les paquets en tous genres, le babillage des enfants. Je vais m'asseoir sur le pont supérieur. C'est de là qu'on a la meilleure vue sur le Nil et les rives proches et lointaines. Le Nil est magnifique dans l'obscurité naissante.

Vendeur à l'embarcadère du ferry - 2009 Photo de Marie-Claire Grillot

Je débarque sur l'autre rive. Il y a des taxis et des petites camionnettes avec des banquettes. Ce sont les taxis collectifs de Louxor, auxquels s'accrochent des grappes d'Egyptiens, ceux qui travaillent dans l'industrie du tourisme. Ayant décliné toutes les offres de transport, je me dirige le long du Nil vers la maison Galal, le long du Nil.

En Egypte, sauf exception, on n'est jamais loin du Nil. Il fait plus froid le soir et je supporte bien mon pull qui flotte toujours sur mon sac à dos d'aventurière en herbe. Le jour, je me fais harceler par les Egyptiens, le soir par les moustiques. C'est catastrophique.

Le sentier longe le fleuve millénaire. C'est l'heure où le soleil est en train de se coucher. C'est le moment romantique où les capitaines ou les rabatteurs se font très pressants pour vous offrir le coucher de soleil au fil de l'eau, en felouque ou en bateau à moteur. C'est l'heure où le dieu soleil Ra se couche à l'occident et commence son voyage secret dans le monde souterrain de la Douât, d'où il ne sortira qu'à la fin de la nuit pour inaugurer un nouveau cycle. Et ainsi de suite jusqu'à la fin des temps.

Dromadaire. 2008 Le long du sentier - 2008

As Salam Aleikoum (Salutation de l'islam : « la paix soit sur vous ») . Waleikoum Salam (Réponse à la salutation précédente : « et sur vous aussi »).

La famille est là au complet.

La mère me fait signe de m'asseoir sur le banc devant la maison.

La température a baissé d'un seul coup et les deux petits frères vont ramasser du bois. La nuit est tombée.

J'assiste l'œil émerveillé au spectacle. Devant la porte, dans l'obscurité, sur une tôle de fer, les gamins frottent des allumettes sur le bois sec. Les flammes, d'abord timides, prennent de l'assurance et s'élancent dans un ballet magique pour combattre vainement la nuit. Les mains se frottent pour se réchauffer et les yeux brillent.

Moment magique. Un ange passe. Le rituel du feu me fait remonter le temps vers l'Egypte ancienne. Les gestes n'ont probablement pas beaucoup changé depuis l'aube des temps.

Le temps passe lentement. Aussi lentement que le Nil le long de ses rives millénaires. Pendant que le feu se meurt, les filles se sont éclipsées dans la cuisine et préparent le souper. Une bonne odeur émeut les estomacs affamés. Je profite de la chaleur des dernières braises qu'on transporte sur la tôle métallique à l'intérieur sur le sol de terre battue. Les Egyptiens n'aiment pas l'hiver et le froid. Le petit frère joue avec le feu qui couve sous la cendre.

Comme j'aimerais arrêter le temps. C'est l'un de ces moments dans une vie, qu'on voudrait figer.

Une des filles déroule le tapis sur le sol et l'autre apporte une table basse en bois, ronde, pliante et plus que branlante.

Maison traditionnelle à Esna - 2007 Maison traditionnelle à Assouan - 2007

Il y a beaucoup de monde ce soir. Les Egyptiens ont une vie sociale très riche. La famille, les amis, les visiteurs de fortune. Il y aussi une petite princesse d'Egypte, Zinab.

Les victuailles s'installent. Riz, pâtes de blé, sauce, crudités, ainsi que le pain traditionnel dont la fabrication vient du fond des âges. La pâte sans levure qu'on fait chauffer et cuire au soleil. Je manque de conversation malgré la bonne volonté de tous. Personne ne parle anglais et encore moins français. Le seul langage que je puisse parler est le sourire et les hochements de tête. Décidément, il me faudrait apprendre quelques mots d'arabe (J'ai appris quelques rudiments depuis !).

Le repas est délicieux. Après le thé, nous allons jouer une partie de billard américain. Le billard est avec les dames et les dominos l'occupation préférée des Egyptiens en dehors de la chicha, bien sûr.

Après une dernière infusion à l'anis (Hansoun en arabe) , je m'en vais me replonger dans les aventures de Sinouhé l'Egyptien.

Au temps d'Akhenaton

Sinouhé vit vers 1300 avant notre ère sous la 18ème dynastie, sous le règne du pharaon Aménophis III, le père d'Akhenaton. Le premier « médecin sans frontières» rencontre les maîtres d'une Egypte troublée et passionnante. Il doit s'exiler et d'une curiosité infinie, il étudie les coutumes de peuples du moyen orient.

Aménophis III, le père d'Akhenaton, a fait construire dans la Vallée des Rois un temple funéraire dont il ne reste que deux statues géantes, auxquelles les Grecs ont donné le nom de « Colosses de Memnon ».

Aménophis IV, le fils du précédent, devenu Akhenaton, épouse la belle Néfertiti. (Nefert-iti, signifie « la belle est venue »). Akhenaton interdit le culte d'Amon Ra et rend hommage au Dieu Unique, Ra, alors que Thèbes adore Amon. C'est en plein désert, à quelques centaines de kilomètres de Thèbes vers le Nord, qu'il va bâtir sa nouvelle capitale, Akhet-Aton (Akhet Aton signifie l'horizon d'Aton. C'est l'actuelle Tell el Amarna.). Son règne aussi intense que bref s'achève et la nouvelle cité est laissée aux sables du désert.

Ce règne constitue une révolution à bien des égards, dans la religion, l'art et la vie quotidienne. Il est une menace pour le clergé d'Amon qui le considère comme un hérétique. Akhenaton, le premier monothéiste de l'histoire. Comme tous les grands de ce monde, trop en avance sur son temps, il est mort incompris par ses contemporains.

Tout Ankh Aton lui succède dans cette période troublée. Il redevient Tout Ankh Amon et doit, sous la pression de Thèbes, restaurer la religion d'Amon. Ce petit roitelet mort à 18 ans est devenu célèbre grâce à Howard Carter qui découvrit dans la Vallée des Rois la fameuse tombe n° 62. La seule tombe restée inviolée. On en a découvert à ce jour 64. (Une équipe d'archéologues a découvert une nouvelle tombe dans la vallée des rois en février 2006. Certains croient qu'il n'y a plus rien à trouver.)

Ay est le père de Néfertiti et grand prêtre de la religion d'Amon.

Horemheb, général des armées d'Akhenaton. Il est « né avec du fumier entre les orteils » - n'étant ni noble ni de sang royal. Il épouse l'une des filles du pharaon Ay, la sœur de Néfertiti et devient pharaon à son tour.

Histoires de pouvoir et d'intrigues, de chemins de connaissance et d'amour. Un roman universel.

Un bon petit chocolat me donne du cœur à l'ouvrage pour sortir de mes pénates. Dans la rue, je prends même le courage de dire un timide Salam aux femmes en noir qui, hier encore, m'effrayaient un peu. Elles répondent gentiment à mon salut. Je suis la seule touriste du quartier et elles doivent me considérer comme une extra-terrestre.

Ici, je suis dans l'autre camp, celui des étrangers. Les Egyptiens sont un peuple accueillant. Ce n'est pas comme dans notre Belgique bien aimée où on n'aime les étrangers que quand ils ne sont pas trop basanés.

Un peu plus assurée qu'hier, je trouve l'embarcadère directement et mon capitaine d'hier me fait des grands signes. J'ai trouvé mes repères pour ne plus me tromper. C'est fabuleux. Je me sens vraiment chez moi

Le dromos et le pylône - 2008 Chapelle - 2008

Au temple de Louxor, la gentillesse des Egyptiens d'aujourd'hui me fait oublier les affres d'hier.

C'est samedi, jour de congé des écoliers. Le temple est rempli d'étudiants qui veulent tous me prendre en photo pour leur album souvenir.

L'entrée majestueuse avec l'obélisque (l'autre se trouve sur la Place de la Concorde à Paris) ouvre un passage qui débouche sur la cour de Ramsès II. A droite, dans la cour, se trouvent les trois chapelles d'Hatshepsout, consacrées à la triade thébaine, le dieu Amon, son épouse, Mout, et leur fils, Khonsou. A gauche, l'entrée de la mosquée Abu El Hagag, à trois mètres de hauteur, montre que le temple était totalement ensablé au 12ème siècle lorsque les musulmans ont construit sans le savoir la mosquée sur ses ruines. Le temple de Louxor a servi aussi aux chrétiens coptes.

La cour de Ramsès II - 2008 La mosquée Abu El Hagag - 2008

La fête d'Opet bat son plein. C'est par l'allée de béliers longue de trois kilomètres reliant le temple de Karnak au temple de Louxor que les prêtres transportent solennellement le dieu Amon. La procession se déroule aussi par voie d'eau, sur le Nil. Chaque année, trois semaines durant, Thèbes en liesse célèbre les noces du dieu Amon et de son épouse, Mout. La virilité du dieu Amon est le gage de celle de Pharaon, maître des deux terres, héritier de la double couronne. Symbole de la vitalité du Nil et de l'Egypte.

La salle hypostyle avec ses quatre rangées de huit piliers.

La cour Ra III et la salle de la naissance. Comme le futur pharaon n'était pas d'origine royale, il fait raconter une naissance divine qui le fait descendre directement du dieu Amon. (C'est la façon des pharaons d'Egypte de démontrer leur filiation divine.)

Un vieil égyptien me sert de guide pour la visite de la dernière partie du temple. Un petit bakchich par ci, un petit bakchich par là. Déjà il y a cent ans, Gérard de Nerval disait : « Les gens d'ici sont d'une douceur admirable. Ce serait le meilleur peuple de la terre sans son avidité pour le bakchich ».

J'ai passé l'après-midi dans le merveilleux temple de Louxor, à m'asseoir à l'ombre des colonnes qui ont vu passer les prêtres de l'antique religion d'Egypte.

Toutankhamon et son épouse Ankhsenamon - 2008

Je prends le temps d'admirer les chapelles d'Hatshepsout et la statue assise du couple formé par Toutankhamon et son épouse Ankhsenamon.

Eblouie par le soleil, je vais siroter un karkadé (L'infusion d'hibiscus se consomme chaude ou froide.) à la terrasse du Mina Palace, perdue dans mes rêves.

J'assiste à nouveau au miracle du coucher du soleil qui embrase Louxor.

Comme l'affirme le dicton, quiconque a bu l'eau du Nil reviendra en Egypte. Quelqu'un a dû me faire de l'eau du Nil à mon insu.

J'ai retraversé le Nil par le ferry.

Repas en famille, chou farci de riz et d'épices succulentes, des haricots rouges en sauce et le pain typique.

Les yeux brillent dans l'obscurité et la conversation bat son plein. Je me laisse bercer je commence à attraper quelques sonorités au vol. J'adore par la langue égyptienne. Je ne comprends rien mais ça!

Tout le monde mange avec les doigts au même plat. Pour le riz, chacun sa cuillère. Pour le reste, on trempe simplement le morceau de pain dans la sauce. On regarde le feuilleton mélo à la télé, Dallas à la sauce égyptienne !

Comment, direz-vous, regarde-t-on la télé sans électricité dans un endroit coupé du monde au bord du Nil ? Pas de mystère. Avec une grosse batterie. Il y a aussi une lampe solaire (Entre temps ces lampes solaires sont apparues aussi dans nos jardins.), cadeau d'un touriste allemand. Encore un truc égyptien. (Beaucoup d'Egyptiens vivent avec le minimum vital. Ils sont obligés d'exercer plusieurs métiers, quand ils trouvent du travail.)

Je repars le long du Nil et nous programmons mon excursion du lendemain. Hassan m'accompagnera avec son taxi. Sa femme nous prépare le thé.

Je suis surexcitée. En route vers la Vallée des rois.

Les Colosses de Memnon : c'est tout ce qu'il reste du monument funéraire d'Aménophis III, le père d'Akhenaton.

Colosses de Memnon.

Les crues du Nil ont rongé les colosses et les tremblements de terre les ont achevés. Dans l'Antiquité gréco-romaine, au début de notre ère, un tremblement de terre fissura la pierre et tous les matins, la dilatation du soleil faisait gémir une des deux statues. Les romains accouraient pour assister au phénomène. Même l'empereur Hadrien. Ce sont les Grecs qui leur donnèrent leur nom. Ils pensaient qu'il s'agissait de Memnon, un héros mort à la guerre de Troie et fils de la déesse «Aurore». Ils croyaient qu'Aurore pleurait la mort de son fils. Les Colosses constituaient une vraie attraction dans le monde antique. Le miracle ne se produisait pas chaque matin et il fallait parfois de la patience.

Septime Sévère fit réparer la statue qui s'est tue à jamais. Les mauvaises langues disent que Septime Sévère l'a fait exprès pour faire taire les lamentations de Memnon.

LA VALLEE DES ROIS

C'est dans la Vallée des rois (Wadi El-Moulouk, en arabe, la vallée des rois,) au pied d'une montagne de rocailles en plein désert que les pharaons se firent inhumer à partir de Thoutmosis parce que l'endroit était désertique et surtout inaccessible, du moins le croyaient-ils. C'est lui le premier qui a l'idée d'y cacher sa sépulture. Thoutmosis inaugure la 18è dynastie et le Nouvel Empire en 1580 avant notre ère. (Le Nouvel Empire a duré environ 5 siècles et va de la 18è à la 20è dynastie (de 1580 à 1085 avant notre ère)).C'est l'Age d'or de l'Egypte, l'ère des grands pharaons. Aux Thoutmosis, succèdent les Amosis, les Aménophis, les Séti, les Ramsès. Le plus célèbre, Ramsès II, a eu l'un des règnes les plus longs de l'histoire égyptienne et a érigé les monuments les plus grandioses de l'Egypte du nord au grand sud, à la frontière du Soudan actuel.

Vallée des rois - 2009 Vallée des rois - 2009

Je visite seulement la tombe de Toutankhamon, car j'ai visité auparavant d'autres tombes. Rien à voir, disent les guides. C'est un peu vrai ! Un long couloir aboutit dans une petite pièce où se trouvent le sarcophage et la momie de Toutankhamon. Quelques peintures splendides sur les murs, mais un peu décevant aussi que pour ce prix exorbitant (12.50 €), en plus du droit d'entrée au site, on ne puisse pas pénétrer dans les autres pièces de la tombe. Bon ! Je l'aurai vue de mes yeux la tombe célèbre dont je connais maintenant l'histoire par coeur. Howard Carter a consacré des années de sa vie pour enlever aux entrailles de l'endroit les cinq mille objets de la tombe. C'est maintenant le trésor le plus fabuleux de l'Egypte, conservé au musée du Caire. Je remonte à l'air libre. J'oublie toujours combien le soleil d'Egypte est cuisant.

Les étudiants que j'ai rencontrés hier au temple de Louxor me font un petit signe amical.

En route pour les temples funéraires.

Le Temple de Medinet Abou est le temple funéraire de Ramsès III. Peintures superbement conservées. J'ai droit à un guide privé, un très vieil égyptien en Gezireh et turban qui m'explique tout avec une patience infinie. Il m'invite à m'asseoir sur une colonne qui a été rasée par les romains il y a une éternité. Il se roule une cigarette et le temps s'arrête. Il apprécie les amoureux de l'Egypte comme moi, qui prennent le temps de prendre leur temps. Il me parle de sa famille ; il a plusieurs femmes et beaucoup d'enfants. Au loin, les rumeurs lointaines d'un troupeau de touristes. Il n'y en a pas beaucoup par ici. C'est une chance.

Medinet Abou - 2004 Le Ramasseum - 2009

Plus loin, le Ramesseum est le temple funéraire de Ramsès II, le grand pharaon. La statue colossale s'est effondrée et pèse des tonnes. (C'est la plus grande statue qu'on ait découverte à ce jour. Elle mesure 17m de haut.) La tête et le torse gisent encore dans le sable du désert. Grandeur et décadence. Seuls, les pieds sont restés à leur place. Partout, je trouve un aimable guide, qui ne demande qu'à me faire profiter de ses connaissances pour quelques guinées. Il m'emmène dans une aventure périlleuse sur le toit du temple, là où les touristes n'ont normalement pas accès. C'est ce qu'il me dit, en tout cas. La vue sur la campagne thébaine est superbe. Je médite un moment sur l'infini. S'il est difficile de monter et d'escalader les pierres éboulées, la descente fut encore plus périlleuse. C'est un vrai miracle si je ne me suis pas rompu les os. Mon guide est costaud. Il mérite bien son salaire.

Deir El Medineh. Le village des artisans. Le site dont je rêve depuis quelques semaines à travers la saga de «La pierre de Lumière». (Pour moi, c'est l'un des meilleurs romans de Christian Jacq.) C'est là qu'ont vécu les bâtisseurs des tombes royales. Tailleurs de pierre, sculpteurs, peintres, artisans. Il reste le tracé des rues et un mètre environ des fondations de leurs maisons. Je parcours les rues du village où voguent encore quelques fantômes. Des pyramides minuscules se dressent ici et là dans le village. Ce sont les tombes des artisans. Ces tombes sont beaucoup plus petites que celles des pharaons, cela va de soi, mais les peintures sont magnifiques. C'est comme si elles avaient été peintes hier. Ce site est si émouvant que j'en oublie presque la chaleur. C'est un exemple unique de constructions profanes. Dans ce village, vieux de 3.500 ans vivait une élite de maîtres ouvriers qui ont assuré la vie éternelle des pharaons à partir du Nouvel Empire. Dans le silence, j'entends presque le bruit des pas des habitants anciens dans les rues désertes.

Le village des artisans - 2009 Temple d'Hathor - 2009

Il y aussi une merveille de petit temple, celui des artisans, qui célèbre les deux grands architectes du monde antique égyptien, Imhotep et Habu. Des couleurs superbes. Un lieu fascinant, pourtant pas très fréquenté. Ma première visite en Egypte fut du style fast food et je me suis promis que plus jamais je ne visiterais un pays de cette façon. Tant mieux pour moi. Je suis seule sur le site et j'en profite.

Il y a là un Egyptien en turban et gallabieh - il y en comme ça partout qui n'attendent que le touriste - qui me conduit au bord d'un puits naturel qui donne le frisson. Oups ! Ce doit être rempli de merveilles antiques d'époque. Il me montre de vraies fausses antiquités et m'offre un petit objet en faïence. J'ai beau être passionnée ; je suis incapable de reconnaître un vrai objet d'un faux.

Vendeur de vraix fausses antiquités !

J'emporte mon cadeau sans me poser de questions. Il rêve que la richissime européenne qu'il croit que je suis, reviendra lui acheter ses vraies fausses antiquités à prix d'or ...

Ramesseum Rest House. C'est une immense cafeteria. Rencontre avec une légende, Abdel Rassoul.

Rifaï Abdel Rassoul - 2009 Ramesseum Rest House

Pour la petite histoire :

Howard Carter fouillait la vallée des rois à la recherche de la tombe de Toutankhamon, au bord du désespoir. Un jour, un petit porteur d'eau cherche un endroit pour poser sa jarre et creuse le sable avec sa sandale, quand il sent un endroit dur sous sa babouche. Une pierre - non pas polie par le vent du désert mais façonnée par la main de l'homme. C'était la première marche de la fameuse tombe qui n'a pas fini de faire couler l'encre. Ce petit porteur d'eau était le grand père de notre Abdel Rassoul. Celui-ci a tapissé ses murs avec les photos des célébrités en tous genres qui ont visité son auberge au seuil du désert.

Ramesseum Rest House Ramesseum Rest House - Abdel Rassoul porte un collier de Toutankhamon ammené par Carter.

Nous repassons devant la maison de la colline. C'est là que Howard Carter a vécu pendant qu'il recherchait la tombe du petit pharaon perdu, aidé financièrement par le fameux Lord Carnarvon. Cette maison est devenue la mission archéologique anglaise.

La maison de Carter vient d'être transformée en musée en Novembre 2009. Pascal

La maison de Carter. 2009 Courriers et notes d'Howard Carter

L'adorable épouse de Hassan nous attend avec une surprise. Elle m'a préparé un repas, un grand plateau avec un vrai festin.

Les journées passent avec leurs moissons de découvertes, de rencontres, de déceptions parfois. Il faut rester ouvert mais vigilant. J'accepte les invitations à la conversation et au thé.

Il faut savoir que Louxor est le pays des arnaques. Il faut rester ouvert mais vigilant. Conscient de cela, on peut avoir de vraies conversations.

L'après-midi, sur la corniche j'ai rencontré Youssef qui m'a offert le thé. Nous avons fait une longue promenade jusqu'au temple de Karnak. Et nous n'avons pas arrêté de boire du thé, dans des cafés vraiment locaux.

Abu Hagag, qui porte le même nom que le célèbre saint de la mosquée du temple de Louxor, habite aussi le long du Nil. J'ai fait une partie de dames avec lui au café Om Khalsoum. Il m'a aussi initié à la chicha, (Narghilé, la pipe à eau.) la pipe à eau, célèbre dans tout le moyen orient.

Je décide d'aller au Caire avec le train de nuit. Retour la nuit suivante. Je vais acheter mon billet à l'avance pour réserver ma place.

En attendant, magnifique promenade jusqu'au coucher du soleil, qui est toujours le point culminant de la journée. Je ne me lasse pas d'admirer le ballet des felouques qui passent et repassent devant le soleil couchant. Ce spectacle est un véritable ravissement pour l'âme. C'est l'une des choses au monde qui vous fait sentir que vous êtes vivant.

Photo Marie Grillot.

Thèbes, la ville aux cent portes.

A 700 kilomètres du Caire, sur la rive droite du Nil, Thèbes fut un des centres les plus importants de l'Egypte pharaonique. Thèbes occupait l'espace entre les agglomérations modernes de Louxor et de Karnak distantes de 2 kilomètres.

Sur la rive gauche, en face de la cité des vivants, s'étend le domaine des ombres, un gigantesque ensemble de nécropoles, de temples funéraires et d'hypogées. (Tombeau souterrain creusé dans le rocher) Les anciens Egyptiens enterraient leurs morts sur la rive d'occident et vivaient à l'Orient.

C'est au Nouvel empire que Thèbes connaît son plus grand rayonnement.

Thoutmès, Hatshepsout, Aménophis IV - Akhenaton, Séti Ier et Ramsès II constituent un vaste empire et exigent des peuples soumis de lourds tributs. Les richesses affluent en Egypte et profitent d'abord au roi et au clergé de Thèbes qui devient le centre artistique le plus important du Proche orient.

C'est au conquérant assyrien, Assourbanipal, en l'an 665 que l'on doit la destruction de Thèbes dont les essais de restauration ne lui rendirent jamais sa splendeur. Avec les pyramides de Gizeh, Thèbes est la démonstration la plus illustre du génie égyptien. «Thèbes est plus sainte qu'aucune ville. L'eau et la terre ont commencé d'y exister. Bonheur à celui qui vient y mourir. Il sera une âme divine !» (Parole d'un illustre visiteur de l'antiquité)

Sur le ferry je rencontre deux américains. J'espère qu'ils vont à la gare. Non. Ils rentrent seulement à leur hôtel de l'autre côté du Nil. Ils me racontent qu'ils ont déjà exploré tous les hôtels - bons et moins bons - de la West Bank avec les scorpions et l'hygiène qui laisse à désire.

Des scorpions ? Vous plaisantez ?

Non !

Le train part à 23 heures.

Je reconnais tout de suite les touristes qui vont comme moi au Caire. Chacun a payé un prix différent. Intéressant.

J'embarque et, ô miracle, j'ai trouvé ma place. (Si les Occidentaux utilisent les chiffres arabes, les Arabes, eux, emploient les chiffres indiens, qui sont complètement différents. )

Je partage le compartiment avec une famille de français avec leurs trois filles. Une conversation qui se terminera tard dans la nuit. Ils me donnent plein de trucs pour visiter le Caire à prix budget et me racontent leurs aventures. Ils ont fait un fabuleux voyage de trois jours en felouque à partir d'Assouan. Aux petites heures du matin, chacun s'endort avec des étoiles dans les yeux.

Huit heures du matin. J'ai commandé un copieux petit déjeuner. Dans une heure, nous arrivons à la gare Ramsès au Caire. L'ami français a la gentillesse de m'accompagner au guichet où je dois acheter mon billet de retour. Cette gare est immense. Heureusement, j'ai des anges gardiens partout dans ce pays, égyptiens ou autres.

Cliquez sur le lien ci-dessous pour lire la suite des aventures de Maggy.

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Commentaires (4)

1. Yvonne 03/12/2009

Bonjour,

Moi non plus je ne compte plus le nombre de mes séjours en Egypte et surtout à Louxor. Je repars le 12/12 pour un mois.
Et je vois que Maggy est belge, comme moi !!
maggy, ça me ferait plaisir de partager avec toi, si tu me lis et que tu le souhaites, n'hésites pas à m'écrire.
Yvonne

2. ayesha 05/09/2009

Bravo pour ce beau journal de voyage!J'y retrouve toute la passion de l'Egypte,que je partage avec vous.J'ai la très grande chance de vivre dans une famille de Haute Egypte ,à chaque séjour.Je suis des leurs,et j'en suis si heureuse et fière...Amitiés.

3. Alain et Betty CHOQUET 19/04/2009

Nous n'en sommes qu'au troisième voyage, mais nous avons été piqués par le même virus ! Votre récit est très interessant et fort bien écrit. On y sent la passion et la quète de l'authentique. A un de ces jours peut être dans le circuit des Oasis, objet de notre prochain voyage. Amicalement

4. Renée 27/06/2008

Je suis ravie d'avoir lu un tel récit. J'espère que mon séjour futur me permettra de vivre cette intense amitié et cet émerveillement perpétuel. De toute façon j'en suis déjà sure d'avance.

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