A New Gourna, les déplacés réapprennent à vivre. Louxor rive Ouest.

Expropriés parce qu’ils vivaient sur des vestiges archéologiques, les habitants de la colline de Gourna ont été relogés dans un nouveau village. Etat des lieux, dix-huit mois après un transfert de population controversé. 

New Gourna, la ville construite pour les habitants déplacés. (PHOTO FATMA AHMAD KAMEL)

Des gravats, des travaux... New Gourna est encore en chantier. Le village s’ouvre par une large route, déserte la plupart du temps. “Les hommes travaillent dans les ateliers d’albâtre sur la colline et ne rentrent pas avant la nuit. Je ne peux pasmonter jusqu’ici avec une seule personne", explique un chauffeur de “voiture ouverte”, ces pickups aménagés en taxis collectifs qui sillonnent la rive ouest. Ce site accueille les habitants desmaisons anciennement accrochées sur le flanc de la colline de Gourna. Depuis

des décennies, ces villageois se voyaient reprocher de détériorer les tombes antiques sur lesquelles étaient bâties leurs demeures. Et ce n’est qu’en 2006 que New Gourna a vu le jour, à quelques kilomètres. “On leur a offert

des maisons mieux équipées, et l’on a respecté la répartition des hameaux”, explique Mahmoud El-Chahat, chargé de l’urbanisme au conseil local. Un argument qui n’a pas suffi, et le transfert de nombre d’habitants s’est effectué sous la contrainte.

Couleurs monotones

A gauche de la grand-route, une série de magasins, le conseil municipal, un poste de police, un club de jeunes et une école. Seule l’école semble animée que les élèves se pressent de quitter une fois la journée finie. “Je ne supporte pas la chaleur, il n’y a aucun arbre dans la cour, même pas d’eau”, confie Asmaa, une petite fille de dix ans. De l’autre côté, les maisons se rangent en ligne droite jusqu’à la montagne. Des maisons d’un seul étage, toutes de la même forme. Elles sont marron, brique ou jaunes, couleurs que les habitants nostalgiques jugent “monotones”. Des teintes chaudes mais de tonalité unique qui tranche avec la débauche de couleurs des bâtisses de l’ancienne Gourna. “Si vous saviez comme les couleurs de ma maison me manquent”, soupire Samah, habitante d’une trentaine d’années.

Vues de l’ancienne Gourna après destruction.(PHOTOS FATMA AHMAD KAMEL ET AHMED GAMAL)

A cette heure étouffante de l’après midi, seule une porte est ouverte. Le son d’une télévision s’en échappe, accompagné du ronronnement d’un ventilateur fatigué. “J’utilise cette pièce de ma maison comme épicerie, les gens en ont besoin car le centre commercial n’est pas en service”, indique Mohammed, assis sur un petit banc posé parmi quelques rayons qui ne contiennent que l’essentiel. “Ils nous ont confié desmurs vides en échange de notre maison”, raconte Zeinab. “C’était à nous de payer les lampes, le raccordement au réseau électrique, 1000 LE, le compteur, 500 LE, le transport des meubles, 70 LE, la voiture... Beaucoup de frais à débourser en une fois”, énumère-t-elle en affirmant n’avoir reçu aucune compensation. Une fois les soucis d’installation réglés, d’autres problèmes se sont présentés pour certains des habitants. “Ma maison s’est effondrée au bout d’un mois”, se souvient Okaz, qui vit près de la montagne. Depuis quatorze mois, il doit loger ailleurs et donc payer un loyer. L’Etat a pris en charge les réparations, mais quatre mois plus tard, de nouvelles fissures ontmis la maison par terre. Finalement des experts dépêchés par le gouvernement ont découvert que le terrain, creux, ne pouvait supporter des constructions.

Eau courante et électricité

En dépit des difficultés, les habitants de New Gourna tentent de s’approprier leur nouveau logement. En dépit des restrictions aussi... Des petites pancartes, de timides dessins ou quelques arbres permettent à peine de distinguer une maison d’une autre. Quelques plantes égayent les quatremètres carrés de la cour d’Am Mansour. “C’est mon petit jardin”, dit-il fièrement, releva la tête au dessus des feuilles vertes qu’il vient d’arroser. “D’abord les autorités nous en ont empêché. Plusieurs fois, ils ont détruit ce que nous avions cultivé. Mais ils ont cédé enfin...”, raconte sa femme, l’air décidé. En revanche, tout ajout ou modification des maisons est pour l’instant proscrit. Dans le journal El-Gourna, Mohammed Saïd Soliman, chef de la ville, l’expliquait : “Il faut attendre un an pour vérifier la stabilité des constructions. Ensuite, les habitants pourront demander d’ajouter des étages à condition de respecter les crit²ères artistiques du lieu. C’est un village qui fera partie de notre patrimoine.” Les services comme l’eau courante et l’électricité, s’ils représentent un incontestable progrès par rapport aux anciennes conditions de vie, ont un prix qui s’avère prohibitif pour certains ménages modestes. “Mon mari touche 200 LE , il est gardien de l’école,explique Aicha. On paye 30 LE pour l’eau et 40 LE pour l’électricité, et l’on doit se débrouiller avec le reste.
Commentaires (1)

1. Arnaud Lilyan 15/06/2011

J ai habite dans une maison de "Qurnah"de 1989 a 1992...Quel Bonheur une vie de partage dees vrais valeurs consciente de cotoyer un passe tellement riche
je suis scandalisee par les photos de destructions de gachis et j eprouve un grand chagrin
"ma maison" etait face au Ramasseum de "ma chambre"j apercevais Deir el Bahari
et quand j arrivais du ferry de nuit j apercevais toutes les petites lumieres du village au loin comme des etoiles
heureusement Farrahnah et Hadje n'auront pas eu a voir cela
Quelle douleur

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