Deux soeurs, deux philosophies.

LE SOUK DE GOURNAH DE LA RIVE OUEST DE LOUXORMarwa et Ola ont grandi dans la même maison en terre du village d’Al-Haddadin, sur la rive ouest de Louxor. Les deux soeurs ont presque le même âge, presque les mêmes traits. Pourtant elles sont radicalement différentes. Marwa, l’aînée est catégorique : elle n’ira pas à l’université. Et qu’importent les conseils de son père, un ancien ouvrier du bâtiment qui aimerait que sa fille obtienne un diplôme. A 20 ans, son objectif à elle est clair. “Je veux fonder un foyer et les études vont me faire prendre du retard. En plus, si je suis instruite, j’aurais dû mal à trouver un bon mari”, explique la jeune fille à voix basse. Un avenir à l’image du destin tout tracé de la plupart des filles de la campagne que Marwa affirme choisir sans hésiter. Ola sourit tranquillement. Du haut de ses 18 ans, la cadette paraît plus mûre que sa soeur. Elle veut continuer ses études. Pragmatique, elle sait déjà quel métier elle souhaite exercer. “Je veux devenir guide touristique. Louxor est une des villes les plus visitées au monde", affirme Ola, sûre d’elle. Elle ne cesse de critiquer les traditions “arriérées” qui régissent la vie de son village et qui “n’ont aucun rapport avec la religion”. Marwa aime à s’occuper de la maison, ce que Ola déteste. “J’aime être servie par les autres”, insiste cette dernière, qui voit dans le ménage une forme de bassesse. Même distinguo quant au choix du futur mari : Marwa aspire à épouser “un homme fort”, qui prend les décisions pour elle et assume les responsabilités pour la famille. Ola préfère “un homme gentil et libéral”, avec qui le dialogue est la règle. Aujourd’hui les deux soeurs ont un point commun : elles sont amoureuses de deux garçons du village. Mais chacune à sa façon. “Si mon père n’accepte pas le mariage, ce n’est pas grave, je suivrai sa décision”, affirme Marwa. Ola, elle, est bien décidée à se battre pour que sa famille accepte celui qu’elle aime aujourd’hui.

Asmaa Abd El Fattah - Le Calame - Juin 2008.

Commentaires (1)

1. EDITH DUC 14/06/2009

j'ai rencontré une Ola en Egypte, ce n'est pas la même, mais même caractère et j'aime ces femmes qui se battent pour pouvoir vivre leur vie. Mais j'aime ces gens, ils sont adorables et tellement gentils.

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