Jean-Philippe Lauer

Jean-Philippe Lauer

Il y a 13 ans, Jean-Philippe Lauer, "Imhotep" du XXe siècle, rejoignait les Champs d'Ialou.

Au cours de l'été 1926, Pierre Lacau, qui a succédé à Maspero au poste de directeur du Service des Antiquités égyptiennes, est de passage à Paris. Il y rencontre un architecte de 24 ans, très intimidé, qui aimerait bien travailler sur les bords du Nil. Il lui propose un engagement de 8 mois à Saqqarah. Il y restera... jusqu'à la fin de sa vie.

Ce jeune homme - est-ce utile de le préciser, tant la réponse est évidente pour tous ? - c'est Jean-Philippe Lauer.
Il arrive sur le site en décembre 1926. "J'étais trop croyant pour croire que seul le hasard avait guidé mes pas dans ce désert", confie-t-il à sa biographe Claudine Le Tourneur d'Ison.
Cecil Firth, égyptologue britannique, dirige les fouilles. En 1923-1924, il a mis à jour de très nombreux éléments architectoniques, notamment les vestiges de 48 colonnes bordant une longue allée. D'autre part, le socle d'une statue portant les noms et les qualifications de Djoser et Imhotep (mentionné dans les écrits de Manéthon) a été découvert.

Jean-Philippe Lauer  Musée Imhotep  Jean-Philippe Lauer  

Aucun exemple antérieur n'existant, personne ne sait, à ce moment-là, à quoi avait pu ressembler l'ensemble funéraire de Djoser. C'est un immense puzzle qui se présente à Firth et à Lauer. Il faut mesurer, numéroter, ranger par catégories toutes les pièces gisant par terre. À la fin de sa première campagne, Lauer réussit à reconstituer sur papier l'intégralité d'une façade. Chaque saison, le travail avance : achèvement de la colonnade, reconstitution du mur aux cobras...

Colonnade

Firth meurt en 1931. Lauer continue sa tâche : redonner vie à ce que le génial Imhotep avait mis 20 ans à créer. Présente sur le chantier d'octobre à mai, pendant 70 ans, sa haute silhouette n'a pas beaucoup changé ; peut-être s'est-elle tout simplement légèrement tassée. Il est facilement reconnaissable, coiffé éternellement d'un bob beige ou d'un chapeau kaki (ou le contraire), vêtu de façon un peu désuète, d'une veste, d'une chemise et d'une cravate, et d'un pantalon beige. Chaque touriste visitant Saqqarah espère alors une rencontre avec le légendaire égyptologue : Djoser + Lauer et la visite devient inoubliable !

reconstitution du mur aux cobras complexe funéraire de Djoser - Pyramide de Saqqarah. complexe funéraire de Djoser

Il étudie les pyramides, non seulement celle de Djoser, mais aussi celles d'Ouserkaf, d'Ounas, de Têti, de Pepy II, et aussi celles de Gizeh. En 1948, il publie "Les Problèmes des pyramides d'Égypte". Il se met dans la peau d'un architecte égyptien de l'Ancien Empire, sans réussir cependant à trouver avec certitude le mode d'élévation de ces millions de blocs.

Découvertes et aménagements se poursuivent : le Serdab de Djoser, les magnifiques faïences bleues dans les caveaux, l'édification des "maisons" du nord et du sud, sans que jamais il ne se lasse ou s'arrête. Au temps des découvertes succède celui de la reconstitution du complexe funéraire de Djoser.
Il songe aussi au Musée Imhotep, qu'il aimerait édifier près du site. En 1995, l'emplacement est choisi et, en 1996, les travaux s'achèvent. C'est une grande joie, mais elle est très vite anéantie ! Le ministre de la Culture égyptien estime que l'édifice défigure le site et ordonne sa destruction. Le musée a été reconstruit et il est désormais ouvert.

                                          Musée Imhotep,  Musée Imhotep, 

Jean-Philippe Lauer a-t-il, comme on peut le lire, "tout sacrifié à Saqqarah : sa famille, le confort d'une carrière parisienne" ? Peut-être est-il plus juste de dire qu'il a accompli son destin ou accompli sa carrière 'ailleurs'. Comme on entre dans les ordres ou à l'armée.

Né le 7 mai 1902 dans "la bonne bourgeoisie du XVIe arrondissement, héritier d'une longue lignée d'architectes et de lettrés où l'on faisait ses humanités chez les bons pères...", il épouse, en octobre 1929, Marguerite Jouguet, dont le père, Pierre Jouguet, est directeur de l'IFAO. Elle restera à ses côtés avec leurs enfants dans la petite maison de Saqqarah jusqu'en 1947. Ils y vivront simplement et y recevront cependant de nombreuses personnalités (le maréchal Franchet d'Esperey, la reine Marie de Roumanie, la reine Elisabeth de Belgique, le roi du Cambodge, Victor-Emmanuel d'Italie...).

Son grand âge avançant, cette phrase était souvent entendue : "Dieu a oublié M. Lauer." Mais Dieu a retrouvé la mémoire le 15 mai 2001 : Jean-Philippe Lauer s'est éteint.
Comment ne pas conclure cette longue vie par ses propres mots : "Le silence fait monter en moi un silence intérieur qui rapproche de l'éternité."

Marie Grillot - Christaine Duquesne

Pour en savoir plus :
"Une passion égyptienne. Jean-Philippe et Marguerite Lauer", Claude Le Tourneur d'Ison, Plon, 1996.

 

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