Les Touristes sont tenues à l'écart des habitants - Louxor en 2008.

Politologue et arabisante, Sandrine Gamblin vient de soutenir sa thèse sur l’impact du tourisme international à Louxor. Elle revient pour le journal "Le Calame" sur les transformations de cette ville.

Chercheuse et consultante auprès d’organisations internationales, Sandrine Gamblin s’est appuyée pour sa thèse sur une fréquentation assidue du terrain depuis plusieurs années. 

 

Pourquoi, en tant que chercheuse, s’intéresser à Louxor

 

Les autorités égyptiennes affirment que l’Egypte concentre les deux tiers des antiquités du monde ; or Louxor abrite quelques-uns des plus prestigieux monuments égyptiens. Sans être une très grande ville, elle est le centre du développement touristique du pays. Une autre raison qui m’a poussée à me pencher sur Louxor, c’est le manque de documentation et de statistiques sur l’impact social, économique, politique, et culturel du développement touristique sur cette ville.

Quelles sont les principales mutations en cours à Louxor ?

La ville et les villages aux alentours connaissent depuis cinq ans une urbanisation croissante. Pourquoi ? A cause de l’augmentation du flux touristique en Egypte – nous sommes passés de 2 millions de touristes en 1992 à quelque 10 millions aujourd’hui. Mais aussi en raison de l’augmentation de la population. Or Louxor et les villages de la rive ouest sont en partie classés zones archéologiques. D’où des mesures prises par le gouvernement pour déplacer la population de ces sites. Cette idée n’est pas nouvelle : elle date du dix neuvième siècle. Aujourd’hui, deux zones sont concernées : sur la rive est, il s’agit des habitations le long de l’allée des sphinx à tête de bélier, allée qui relie le temple de Louxor à celui de Karnak. Cet espace est en cours de transformation. Et de l’autre côté duNil, rive ouest, on trouve le village de Gourna construit sur la montagne thébaine, où 1 500 à 2 000 tombes ont été recensées par les égyptologues. Il y a plus d’un an, les habitants ont été déplacés puis relogés quelques kilomètres plus loin, dans des cubes de béton, dans le désert, à New Gourna.

Quelle relation les habitants de Louxor entretiennent-ils avec le tourisme

Au premier abord, on pourrait imaginer qu’il y a deux mondes séparés : celui des habitants et celui des touristes. Mais ce n’est pas si simple, les deux mondes sont entrelacés. D’un point de vue économique, la terre ne rapporte pas, et avec l’augmentation du nombre de constructions, il y a de moins en moins de terres à cultiver. Le tourisme est donc la première source de revenus à Louxor. L’ensemble de la population vit du tourisme, directement ou indirectement. Dans chaque famille, il y a toujours quelqu’un qui travaille dans ce secteur. La relation entre le touriste et l’autochtone est d’abord économique.

Comment les habitants de Louxor appréhendent-ils le patrimoine ? 

 

L’islam ne donne pas une image très valorisante de l’époque pharaonique. Abu Hajaj, le saint patron de la ville de Louxor, aurait vaincu le Pharaon. Les temples et tombeaux ont cependant toujours été utilisés par la population locale. Les temples ont longtemps servi de lieux de rassemblement, et des villages y étaient construits. Mais il y a aussi un ensemble de croyances qui persistent autour de certains monuments ; ainsi, le temple de Karnak assurerait la fertilité.  

A quoi ressemblait Louxor au début du siècle dernier ?

Louxor était un petit village banal, un village comme tant d’autres. Sa seule réelle spécificité résidait dans sa forte population copte. Mais deux facteurs déterminants vont intervenir : l’intérêt scientifique pour l’égyptologie, et l’attraction touristique, avec cette fascination naissante pour l’Orient. L’un des moments forts du changement, ce sont les années vingt, avec en point d’orgue la découverte en 1922 du tombeau de Toutankhamon. Louxor se transforme : le village entame alors samue et adopte des caractéristiques urbaines. 

Y’a-t-il d’autres moments-clés ?

Oui, l’autre date importante, c’est l’inscription de Louxor au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco [Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture], en 1979. A partir de ce moment-là, le pouvoir politique va s’intéresser aux sites archéologiques et va percevoir leur important potentiel économique. Cette période marque aussi le début des études sur les plans d’aménagement.

Comment imaginez-vous Louxor dans vingt ans ?

Le réaménagement de la ville se fait en réponse à de supposées attentes étrangères, sans prendre en considération la population locale. Il y a à Louxor, comme ailleurs en Egypte, une vision hygiéniste des autorités : tout doit être “propre”, et il faut présenter ce que l’on a de mieux. C’est une politique d’aménagement général qui va faire que l’on enferme les touristes dans une enclave bien déterminée. Ils sont tenus à l’écart de la population locale. Ceci risque de susciter du ressentiment au sein de la population, et d’engendrer un développement inégalitaire.

La ville de Louxor peut-elle supporter le tourisme de masse ?

D’un point de vue écologique, on a probablement déjà touché les limites. Il y a une véritable dégradation de l’environnement, ce qui entraîne inévitablement des dommages aux sites archéologiques. Regardez le nombre grandissant d’autocars qui stationnent sur les parkings, souvent à proximité des temples : on peut imaginer l’impact du dioxyde de carbone sur les pierres et sur la santé. La demande touristique entraîne aussi une augmentation des prix sur le marché local. Ainsi, les fruits et légumes à Louxor sont souvent plus chers qu’au Caire. Le pouvoir d’achat est déjà en baisse chez les Egyptiens, mais à Louxor, ce problème s’accentue. Il y a le risque que les habitants, surtout les enfants, ne puissent accéder aux aliments de base, et qu’ils mettent ainsi leur santé en péril.

Quels sont les objectifs touristiques prévus pour Louxor ?

A l’horizon 2020, l’Egypte compte accueillir dix-sept millions de touristes. Et en lamatière, la politique du gouvernement égyptien est basée sur l’offre.On pourrait résumer son credo par la formule suivante : “Construisons unmaximum de complexes pour attirer un maximum de touristes”. La mode en ce moment est à la pluralité touristique.On veut maintenir le touriste sur place le plus longtemps possible, et pour ce faire on lui présente un paquet complet : tourisme culturel, de loisir, sportif, etc. A Louxor se développent des projets globaux de résidence de villégiature et de complexes de loisir.

Quelle est l’alternative ?

Il aurait été préférable que l’Egypte se tienne à l’écart de cette tendance mondiale au tourisme de masse, et qu’elle travaille sur la qualité plutôt que sur la quantité. Sinon, elle risque de perdre sa spécificité. Je pense au contraire que le pays a plus à gagner en se distinguant sur le marché méditerranéen et en travaillant sur la qualité de ses services.

Recueilli par Mohamed El-Had, Pacynthe Sabri et Nadia Shahine pour le journal La Calame - Juin 2008

 

 

 

 

 

  

 

  

 

 
Commentaires (1)

1. Sarathebes (site web) 27/11/2008

Louxor n'est pas prevue pour le tourisme de masse surtout au niveau gestion des dechets, problemes dus a la pollution engendree par les bateaux de croisiere dont les moteurs tournent 24h sur 24 en particulier le long de la corniche. Il faut voir, depuis la rive Ouest, au coucher du soleil, ce nuage de pollution qui flotte au-dessus du temple de Louxor..... a pleurer!
En 15 ans de vie a Louxor j'ai vu la vie augmenter dangereusement pour ses habitants. Ici pas d'ONG comme au Caire qui pourrait venir en aide a la population et s'occuper de recycler ces tonnes de detrictus generes pas le tourisme de masse.

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