Une femme d'exception à Louxor : Marie-Christine Gerber

Synthèse de l'action de M-Christine Gerber à Gournah, sur la rive Ouest de Louxor.

Après plusieurs longs séjours en tant que touriste sur la rive ouest de Louxor, je me suis installée à Gournah en 2001.
Mon objectif, à l'époque, était de mieux appréhender la vie des villageois qui habitent sur des sites que des millions de touristes visitent chaque année.

Infirmière de profession, j'ai tout de suite cherché à me rendre utile auprès de mes voisins.
Ils m'apprenaient à vivre ici et j'essayais de leur donner quelques petits conseils concernant la santé, l'hygiène et l'alimentation.
Quelques temps après je me suis retrouvée victime de mon propre succès : la Maison Bleue que j'habitais près du Ramesseum était envahie presque jour et nuit par des personnes blessées, malades qui venaient faire un pansement, une injection ou qui venaient tout simplement chercher un conseil ou une oreille amie.

En 2004 une première association est née qui a décidé de soutenir mon projet d'offrir un soutien alimentaire à des familles pauvres chez qui j'avais pu noter bien des carences, rachitisme, etc...)
Nous avons ainsi collecté des fonds qui nous ont permis de distribuer des sacs alimentaires et d'aider à la réalisation d'opérations.
A l'époque nous avions peu de spécialistes à Louxor et il fallait à chaque fois emmener les gens au Caire.
Une seconde association est née en 2007 et l'action s'est alors étendue à l'éducation puisque force était de constater que les personnes qui venaient me voir avaient de la peine à comprendre les messages simples que j'essayais de faire passer.
Cette association a donc axé son action sur une aide à l'éducation, et plus précisément celle des femmes et des jeunes filles.

J'avais un rêve à l'époque : celui de proposer un lieu d'accueil et de formation à des enfants en difficulté sociale, mentale et physique.
Nous avons récolté des fonds et avec l'aide d'un Egyptien nous avons construit un centre où je souhaitais proposer un apprentissage à l'art de la céramique.
J'ai, dans ce but, rencontré une céramiste Suisse qui vit au Fayoum depuis 40 ans et a formé des dizaines d'enfants à ce métier.
Sur son modèle, et avec son aide, nous avons donc fait venir deux maîtres- potiers du Fayoum, prêts à former des enfants.
Trois mois plus tard, l'Egyptien nous a exclus du lieu et nous avons alors découvert que les papiers de propriété que nous possédions étaient des faux.
J'ai alors décidé de livrer bataille et suis parvenue à me faire rembourser l'argent investi.

Avec cet argent je loue une maison et nous continuons aujourd'hui à accueillir une douzaine d'enfants trois jours par semaine et chaque jour nous les voyons progresser.
Une troisième association s'est créée qui s'occupe spécifiquement de l'école de poterie.
A ces enfants, en plus de la formation à l'art de la poterie, nous offrons chaque année les frais de scolarité (et le matériel nécessaire). Ils ont un repas équilibré et complet à chaque fois qu'ils viennent au centre de poterie.
Ils reçoivent aussi l'aide médicale qui peut s'avérer nécessaire ainsi que des vêtements que des membres des associations nous apportent régulièrement.
Il me tient à cœur que cette école de poterie soit aussi une école de vie où l'on apprend le respect et la solidarité tout aussi bien que la géographie et l'entretien d'un jardin.

Atelier de Poterie - M-Christine est à gauche - Mars 2013

Nous employons à ce jour dans l'école de poterie une veuve qui vient nous faire du pain, un homme de cuisine, deux maîtres potiers et un chauffeur de bus qui transporte les enfants.
Cette année, grâce à la générosité du Mövenpick à Aswan, nous avons pu profiter de deux fois trois jours de vacances. Nous profitons de chaque sortie pour visiter des sites, des musées ou autres lieux..

Le temps qui me reste, j'essaie de rendre visite le plus possible à des gens malades qui m'appellent.
Je les oriente vers les médecins dont ils ont besoin, je fais le lien entre les divers intervenants et j'effectue un suivi pour expliquer pourquoi le traitement proposé par le médecin est nécessaire.

Grâce à l'aide des associations, je peux aussi distribuer régulièrement des paniers alimentaires aux plus démunis, et leur remettre des vêtements ainsi que des produits d'hygiène.

Site de l'école de poterie

Marie-Christine GERBER

Retrouvez dans les pages suivantes l'excellent reportage sur l'action de Marie-Christine réalisé par Marie Grillot.

Gournah - Rive ouest de Louxor

Christine Gerber, la "doctora" gratuite :
une femme extraordinaire, entre sekhmet, khnoum et maat ...Reportage de Marie Grillot

christine gerber

Christine, infirmière suisse, est arrivée à gournah en 2000. C'est une femme magnifique, d'une grande humanité. Elle a tout quitté pour vivre ici. A l'heure où tout le monde consomme, veut toujours plus et mieux, elle a choisi d'être pauvre. D'être pauvre parmi les pauvres, parmi les malades, parmi ceux qui souffrent. Elle a par dessus tout choisi d'aider les autres, les enfants notamment en créant un atelier de poterie. Elle a choisi aussi d'aider les français en Egypte en acceptant le poste de consul de France à louqsor.

Il y a une dizaine d'années, Christine a ouvert un dispensaire de soins gratuits à gournah. C'était "la maison bleue", mais elle a malheureusement du en partir. Rien n'est vraiment simple en egypte ... Elle est en recherche d'un nouveau local, en attendant elle "consulte" à domicile et se rend dans les familles ... Comme elle dit de si jolie façon "je suis malheureusement devenue célèbre". Beaucoup de femmes viennent la consulter, certaines même jusque d'Esnah.

Cela va sans dire que son sens de l'éthique l'amène à soigner indifféremment musulmans ou coptes. Elle guérit, accompagne, aide, écoute, ... Elle le fait avec sensibilité, respect, intelligence, compétence. Elle prodigue un accompagnement à des soins de qualité, tout en donnant des notions d'hygiène élémentaire, en expliquant le pourquoi des choses.

Christine, sous sa forme "sekhmet", possède en quelque sorte l'art de guérir. Elle a des mains qui savent manipuler, apaiser, elle utilise les huiles essentielles qui calment et soulagent.

Elle soigne les "bobos" du quotidien bien sûr, mais aussi, des cas lourds, des enfants gravement malades, handicapés. C'est avec émotion qu'elle aborde le cas d'un petit enfant atteint du cancer qu'elle a réussi à envoyer en chimio au caire.

Au tout début, afin de se "remettre financièrement à flot" elle repartait travailler en suisse de juin à septembre. Aujourd'hui, grâce à l'aide de donateurs, de différentes associations, notamment de brigitte de l'association sechat, elle reste à demeure à gournah.

Christine aide les familles dans le besoin en leur distribuant, par discrétion à la nuit tombée, des sacs contenant les produits alimentaires de base (pâtes, riz, lentilles, fèves, ...). "Quelle satisfaction de penser que grâce à ces provisions une famille va se nourrir à peu près 'normalement' pendant quelques jours ..."

En marge du dispensaire - est-ce en référence à Khnoum le dieu potier qui façonna le monde ??? - Christine a eu l'idée de créer, toujours bien sûr avec les appuis mentionnés plus haut, un atelier de poterie (à droite vers la maison de Carter). Des potiers venus du Fayoum où cet art est renommé, enseignent aux enfants défavorisés, malades ou handicapés.

Ils sont une douzaine, attentifs, à se presser près des tours pour apprendre à maîtriser la terre et l'eau afin d'en faire un bel objet. Ils créent et signent leurs "œuvres". Certaines sont d'une naïveté touchante, ont la fraîcheur de l'enfance ; d'autres révèlent un art déjà bien acquis ... Les enfants perçoivent l'argent de la vente de leurs objets. Comme ils sont satisfaits et fiers lorsque l'on choisit l'une de leurs réalisations ! Quel plaisir de leur faire plaisir tout en se faisant plaisir !

Atelier de poterie Atelier de poterie

 

 

Ils sont heureux d'être là. Ici, dans cet atelier, avec Christine, avec les formateurs, avec les visiteurs, ils oublient leur handicap, leur pauvreté. L'un des enfants, aveugle, signale l'arrivée de Christine dans le local par ces mots magnifiques et révélateurs "voici la lumière".

Atelier de poterie

Lorsqu'elle en a les moyens, Christine, organise des sorties "pédagogiques", sur le nil, ou à louqsor, de "l'autre côté" par exemple, là où ils ne vont jamais. Le lendemain ils doivent restituer, en dessin, ce qu'ils ont vu.

Christine dont l'action humanitaire est largement reconnue s'est vue proposer le poste de consul de France "j'ai déjà été appelée pour plusieurs décès, j'ai du me rendre en début d'année sur l'accident de bus entre assouan et abou simbel, c'était horrible, j'ai fait partie de la cellule psychologique ... L'image du consul qui va de cocktail et cocktail est, dans mon cas, bien éloignée de la réalité".

Maat, déesse de la vérité, de la justice, de l'ordre cosmique était connue et vénérée pour lutter sans cesse contre les forces du chaos pour mettre la rectitude à la place de l'iniquité. En quelque sorte, à son échelle, à son niveau, Christine est comme cela !

C'est un "réservoir" à idées, elle ne dort que 5 heures par nuit : elle a la foi, le courage et le dynamisme. Elle souhaite faire plein de choses pour aider les gournaouis. Ce qui lui manque bien sûr, ce sont des vêtements, des médicaments. Ce qui lui manque bien évidemment, c'est principalement l'argent ...

Alors aidez-la, aidez-la à aider les autres.(1)

Marie.Texte et Photos de Marie Grillot.

 

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(1) n'oubliez pas que les dons sont déductibles des impôts

 

La vidéo de l'école est présentée sur le site de Pharaon-magazine

Commentaires (4)

1. Picard Estelle 01/10/2012

Qu'avons-nous à faire d'autre sur cette terre que de donner de l'Amour !!! ben, elle, elle le fait et bien que le monde n'a d'autres choix que de l'admirer, le système cloisonné de notre pays tente de l'en empêcher avec des tracasseries administratives éhontées. Finalement, c'est pas grave... rien n'est grave même pas la mort :)
j'ai envie de remercier Christine pour tout ce qu'elle ose vivre et partager. Peut-être pouvons-nous nous poser cette question : qu'est-ce que je laisserai au monde lorsque je devrais partir ? ou plus personnellement, de quoi ai-je besoin pour être tranquille sur cette terre ?
merci merci merci
gardes-toi bien Christine
et gros becs

2. Frascotti Mauro 04/01/2012

Bonjour Christine, quel chemin parcouru depuis notre premier voyage à Louxor...Souvenir d'une aventure exaltante et difficile à l'image de l'Egypte...
Je te félicite pour ton engagement sans cesse renouvelé.Je te souhaite malgré les événements actuels de pouvoir continuer ton périple humanitaire.
Maoro

3. béa 25/09/2010

...cette dame, que je connais depuis de nombreuses années (je vis moi-meme depuis des années a luxor...)est....
Le commentaire peut être diffamatoire de "Béa" a été placé en quarantaine pour l'instant. Pascal administrateur du site.

4. Scapolla 25/09/2010

Chapeau pour cette femme qui as "abandonné" la vie occidentale pour s'occuper des enfants défavorisés.C'est vraiment formidable ce qu'elle fait.Leur de mon prochain voyage à Louxor j'espère de pouvoir la rencontrer.

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